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Axés Bauer

A l’heure où l’Île-de-France n’a d’yeux que pour le Paris-Saint-Germain sous pavillon qatari, ils sont une poignée à porter fièrement les couleurs du Red Star et à se battre pour la sauvegarde de son histoire. Plongée dans le football vrai, qui sent le graillon et la passion.

red star stade bauer saint ouen

Douze janvier, Saint-Ouen. Le mercure ne s’affole pas encore à la baisse, mais il fait froid et gris sur l’avenue Gabriel Péri, du nom d’un célèbre résistant communiste. Au loin, le plus grand marché aux puces d’Europe, meeting point de tout ce que Paris Nord compte de bobos. Derrière la mairie, une grand-rue serrée s’étend sur plusieurs centaines de mètres, encadrée par des enfilades de vieux garages, de bâtisses grises et de troquets. C’est devant l’un d’eux, l’Olympic de Saint-Ouen, qu’on retrouve une poignée de supporters. Posé en face du stade Bauer, le bouge sent l’anisette et les parties de fléchettes, et le football, à en juger les stickers collés partout, s’est arrêté pour lui peu ou prou à la chute du mur de Berlin. Ils sont là, à chaque match à domicile du Red Star, pour supporter le club audonien malgré la troisième division. Et s’ils sont autant présents malgré l’hiver glaçant, c’est qu’ils sont particulièrement soucieux : dans la lutte qui les oppose à la municipalité pour l’avenir du stade, les vœux de la maire, prononcés quelques jours avant Noël, ont sonné comme la piqûre de rappel que le combat était en passe d’être perdu.

En effet, le Stade Bauer est en piteux état. Construit en 1909 en plein cœur de la ville, il tombe en lambeaux et, malgré plusieurs rénovations d’urgence, peine à s’inscrire dans la durée. Il faut dire que le club n’a plus connu la Ligue 1 depuis 1975, et a perdu son statut professionnel en 2001. Difficile dans ce cas de rentabiliser les investissements faits par couches successives depuis l’après-guerre : malgré une capacité putative de 20 000 places et trois tribunes, deux sont presque toujours fermées, faute d’affluence.

Deux projets de rénovation

Pour libérer du foncier en centre-ville, la municipalité voudrait détruire Bauer et déménager le club aux Docks, un éco-quartier en bord de Seine, pour y construire un complexe sportif ultra-moderne de 25 000 places avec des commerces. La mairie juge en effet que l’insertion du stade dans le tissu urbain est trop forte, rendant impossible tout projet d’extension de sa capacité d’accueil, ce qui contraindrait le développement d’un club qui vise ouvertement la Ligue 2.

Ce n’est pas l’avis du Collectif Red Star, le groupe de supporters qu’on retrouve devant le rade en face de Bauer. Constitué depuis 2003, il juge que la destruction est la solution de facilité. Autour du stade, il existe des terrains en friche que la mairie pourrait utiliser ou acheter dans le cadre d’un plan de réaménagement urbain qui permettrait de rénover le stade, d’augmenter sa capacité d’accueil, tout en réaménageant le quartier afin de maintenir une infrastructure sportive en plein cœur de la ville.

Le projet des Docks est pour eux un nouvel avatar de la folie des grandeurs du club. En effet, la rénovation de Bauer est un sujet vieux de vingt ans. En 1995, tout était prêt pour faire de Bauer un stade flambant neuf. « Il était voté par le conseil municipal, et les marchés publics avaient été passés avec les entreprises, confesse Darch’, le président du collectif. Mais au dernier moment, le président du Red Star a eu la folie des grandeurs et s’est rétracté, pour aller au Stade de France. Finalement, ça ne s’est pas fait… ». Sans club résident, la mairie fut alors obligée d’annuler le projet. On est en 2002 et le club, expulsé de son stade pour raisons de sécurité, s’apprête à connaître ses années les plus noires, entre CFA2 et DH, au stade Marville, à La Courneuve.

stade bauer red star saint ouen

Pendant dix ans, les résultats médiocres du club poussent la municipalité à enterrer le projet. Jusqu’à ce jour béni de décembre 2011, où le Red Star tire l’OM en 32e de finale de Coupe de France. A l’affût d’un coup marketing, le club s’empresse de réserver le Stade de France, jugeant le Stade Bauer inadapté à la venue des Marseillais, avant même que la préfecture n’émette son veto. « Pour nous, ça a été le début de la prise de conscience, confesse Darch’. On a déployé une grande banderole ‘Le Red Star, c’est Bauer’ et on a entamé notre réflexion sur l’avenir du stade. »

Conscient que la rénovation est indispensable pour que le stade perdure, le Collectif ne souhaite pas pourrir la situation en jouant la contestation. Mais il estime que toutes les issues n’ont pas été étudiées, et récuse l’option majoritaire de la municipalité, qui leur semble trop ambitieuse pour un club encore fragile. « Notre problématique, c’est de se demander comment l’évolution sportive peut être adéquate avec le maintien à Bauer », martèle Guizmo, d’une voix caverneuse. Pour cela, le collectif souhaite porter au conseil municipal un véritable projet de rénovation. Il collabore d’ailleurs avec un urbaniste, chargé de concevoir le plan d’acquisition des terrains et de réaménagement des voiries aux alentours du stade. Sébastien, avocat et membre du collectif, se charge des questions administratives.

Avec un club dans le ventre mou de National, le collectif veut rester lucide et pondéré, et éviter les erreurs de la MMArena du Mans, ou du Grand Stade de Lille, dont les partenariats public-privé ont coûté très cher à la collectivité et qui peinent depuis à faire le plein. « Aujourd’hui, on est conscients que même contre Metz, on fera pas plus de 2 000 spectateurs, plaide Sébastien. C’est pour ça que notre projet est évolutif, en fonction des résultats du club. S’il faut monter jusqu’à 16 000 places, on pourra le faire dans le futur, à Bauer. Ce n’est pas le cas du projet des Docks, où on va passer d’un terrain vague à 20 000 places du jour au lendemain. » Au petit jeu des pronostics, pas un d’entre eux ne se hasarderait à dire où se trouvera le club en 2020, date de livraison prévue du nouveau stade.

Pour le moment, leur projet est en cours de chiffrage, mais devrait intégrer, d’après eux, de nouvelles recettes pour le club. L’absence de chiffrage de celui de la mairie, en dépit d’une promesse de financement « 100% privé », est plus pour les inquiéter. Ils voient venir comme un tacle de Felipe Melo un projet de naming, qu’ils estiment incompatible avec les valeurs populaires du club.

Entre Sacré-Cœur et HLM

Au-delà des enjeux urbanistiques, ils veulent surtout maintenir intacte l’identité d’un stade mythique, qui a fait l’histoire du football hexagonal en devenant avant-guerre le premier stade des Bleus, puis en accueillant les Jeux Olympiques de 1924. Utopie de supporters rétrogrades ? Pas du tout. Le collectif s’inscrit dans un mouvement international de rénovation de stades historiques, comme à Craven Cottage, le stade de Fulham. Pas étonnant par conséquent que les membres du collectif aient reçu voici quelques mois le soutien officiel de l’amicale des anciens joueurs du Red Star, qui ont officiellement invité la maire à revoir sa position.

stade bauer red star saint ouen

D’extérieur crasseux, le stade est austère à l’intérieur. Une petite guérite de moins de trente centimètres de large pour tout guichet, vend des places à 5€ l’unité. Prends ça le Parc des Princes. Pour tant de thunes, Bauer vous offre un confort spartiate, des sièges aux pissotières : béton pour tout le monde. On se croirait revenu au collège. Si l’envie vous en prend, des places VIP sont disponibles, qui vous donnent droit à… un siège en plastique. Pour la reprise du championnat de National, le club audonien reçoit Épinal, qui vient de tomber Lyon en 32e de finale de Coupe de France, et c’est une foule bigarrée qu’on voit passer par les portes du stade : de jeunes Audoniens venus s’enjailler avant d’aller se terminer – qui sait ? – dans un KFC ou un ciné, le bobo parisien qui a pris la ligne 4 à la mairie du 18e, ou des familles attirées par le prix modeste du ticket d’entrée. Un véritable inventaire de l’INSEE.

Le collectif craint de perdre cette mixité sociale en déménageant en bords de Seine et en cédant à l’hystérie modernisatrice. Depuis sa fondation, le Red Star fait partie de ces clubs à fort ancrage populaire et, dans le cas du club, communiste. Une mixité qui frappe l’œil dès l’entrée dans la tribune principale : à côté du Sacré-Cœur, qu’on voit au loin, un HLM dégueulasse en forme de triangle se dresse derrière l’un des deux buts, comme une quatrième tribune. Le mégalithe est inébranlable et contraint fortement le plan d’extension du stade, mais avec le temps, il fait partie de l’histoire du club, comme nous le rappelle Sébastien : « Quand l’attaquant adverse tire son penalty, et qu’il voit la ménagère repasser à sa fenêtre, forcément il est déstabilisé. » Vu comme ça…

Retrouvez demain sur le blog Le Football Vrai la seconde partie du reportage.

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3 commentaires

  1. Axés Bauer – A la Culotte | Pronostics en ligne20 février 2013 à 1 h 52 min

    [...] A la Culotte [...]

  2. Axés Bauer (Partie 2) | Le Football Vrai20 février 2013 à 13 h 42 min

    [...] Retrouvez la première partie de ce dossier sur alaculotte.com [...]

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