À la Culotte : blog foot

Les équipes nationales disparues : la Sarre

26 septembre 2011 par Jules dans Culture foot, Vintage & Oldies // 2 commentaires

Ceux qui assistent depuis 2008 à l’incroyable marche en avant de la Nationalmannschaft, unie dans sa jeunesse et soudée dans sa diversité culturelle, tomberaient sans doute de leur chaise s’ils apprenaient qu’il y a encore 60 ans, il n’y avait pas une équipe nationale allemande, ni deux… mais trois. En effet, à l’époque de la partition allemande, non seulement la RFA et la RDA se regardaient en chiens de faïence, mais une troisième équipe pointait le bout de son nez : la Sarre.

Un peu d’histoire : dès l’armistice de 1945, le IIIe Reich est démantelé selon le schéma arrêté lors de la conférence de Yalta en février 1945. De Gaulle, qui a rué dans les brancards en apprenant que la France était écartée du partage par les trois grands (Churchill, Roosevelt, Staline), obtient finalement son bout d’Allemagne : ce sera la Sarre, derrière le Luxembourg et la Lorraine.

Sous contrôle militaire français, la nouvelle région autonome s’organise politiquement. Des élections municipales y sont organisées en septembre 1946, avant que la Sarre ne se dote en décembre 1947 d’une Constitution qui l’érige en véritable État indépendant, sous protectorat français. Sans rechigner, l’ONU reconnaît l’indépendance de territoire de la région allemande, et pousse finalement la FIFA à déclarer possible la constitution d’une fédération sarroise de football.

LA SARRE, UN PROTECTORAT FRANÇAIS POLITIQUE… ET SPORTIF

C’est chose fait le 25 juillet 1948, avec la création à Sulzbach du Saarländische Fußballbund. Comme un symbole, c’est un Schumann qui en devient le premier président, Franz Josef de son prénom.

Pour espérer s’imposer sur la scène internationale, le football sarrois doit apprendre à ne plus vivre aux crochets du voisin allemand. Dès la saison 1948-1949, les clubs sarrois s’extraient ainsi de la Bundesliga, mais le plus grand club de la région, le FC Sarrebruck, craint la décrépitude et refuse de s’aligner dans un championnat qu’il estime au rabais. Les Bleus & Noirs choisissent alors de rejoindre la D2 française, mais en tant que sparring partner : ils peuvent jouer toutes les rencontres de championnat, mais leurs points n’étant pas officiellement comptabilisés, le titre de champion leur est finalement retiré.

La France ne fait pas qu’héberger le club qui constitue le gros du vivier de la sélection : elle souhaite également annexer sportivement son protectorat. En 1949, Jules Rimet, président de la FFF, fait campagne pour l’intégration de la fédé sarroise dans sa consœur française. Las, les clubs français, sans doute encore un brin chauvins, refusent l’annexion, poussant Jules Rimet à la démission.

Qu’à cela ne tienne. Le 22 juin 1950, la Sarre est officiellement admise à la FIFA, et peut organiser des matchs amicaux et s’aligner dans les compétitions officielles. Pour coacher tout ce petit monde, et notamment le goléador sarrois Herbert Martin (cf. photo ci-contre), la France appointe Auguste Jordan, Autrichien naturalisé français au moment de l’Anschluss. Surnommé le Baby de Linz, Jordan a démarré sa carrière en Autriche avant de passer dix ans au RC Paris. Les crampons raccrochés, il s’assoit sur le banc du Vélodrome pendant une saison, en 1949-1950, avant de présider aux destinées sarroises.

EN ROUTE POUR LE MONDIAL HELVÈTE

Le 22 novembre 1950, au Ludwigparkstadion de Sarrebruck, la Sarre joue son premier match et signe sa première victoire contre l’équipe de Suisse A’ (5-3). Malgré des débuts encourageants, le niveau de jeu des Sarrois ne leur permet d’affronter que des équipes A’, où les protégés de Jordan font bonne figure, avec 4 victoires en 6 matchs, dont une contre la France A’ à La Meinau en octobre 1952.

Dès 1952, avec la création de la CECA, le statut de la Sarre au sein de la recomposition européenne provoque des tensions entre la France et l’Allemagne. Les Sarrois, indépendants par défaut, n’ont pas cessé de se sentir Allemands. Sans doute faut-il voir dans le limogeage en 1952 d’Auguste Jordan et dans la nomination de l’Allemand Helmut Schön (1) (à gauche sur la photo ci-contre, avec Sepp Herberger, son prédécesseur à la Nationalmannschaft de 1936 à 1964) une volonté de revenir sous le giron teuton au moment où la Sarre s’apprête à participer à l’aventure sportive la plus excitante de sa courte vie : les qualifications pour le Mondial helvète de 1954.

Dans le groupe de la RFA et de la Norvège, les Sarrois démarrent pied au plancher en s’offrant une victoire de prestige à Oslo le 24 juin 1953 (2-3). Sans surprise, les joueurs de Schön sombrent face à la RFA à Stuttgart (3-0). Pour autant, le nul concédé par les Allemands en Norvège laisse toutes ses chances aux Sarrois. Las, ils ne sauront pas la saisir en novembre 1953 en signant un piteux 0-0 contre la Norvège, avant de voir avec horreur les Teutons atomiser les Scandinaves 5-1.

Le dernier match des poules est quasi mission impossible : non seulement les Sarrois doivent battre les Allemands de l’Ouest, mais encore faudrait-il qu’ils les étrillent pour rattraper la différence de buts. Devant les 50 000 spectateurs du Ludwigparkstadion, qui ont payé leur billet 210 francs sarrois, les hommes de Schön ne peuvent éviter la défaite : seul Herbert Martin marquera, sur penalty, pour atténuer la déception (1-3).

UNE INDÉPENDANCE DÉMOCRATIQUEMENT SABORDÉE

Nous sommes alors à l’été 1954. La France et l’Allemagne s’opposent de plus en plus sur le statut de la Sarre, alors que le président du Conseil français Pierre Mendès France se fait pressant pour mettre en place la Communauté européenne de défense. L’échec de la CED débouche en octobre 1954 sur les Accords de Paris, qui proposent un nouveau statut pour la Sarre dans le cadre de l’Union de l’Europe Occidentale nouvellement créée : une nation indépendante.

Soumis à référendum en octobre 1955, ce statut est massivement rejeté par la population sarroise, qui exprime nettement sa volonté d’être réintégrée dans la nation allemande. Désormais éliminés du Mondial, les Sarrois enchaînent les roustes, comme s’il n’y avait inconsciemment plus d’envie : 7-1 contre l’Uruguay, 5-1 face aux Yougo, 4-1 contre la France A’ et 6-1 contre les seconds couteaux guesh. Et, comme un symbole, deux semaines avant de rejeter l’indépendance, la Sarre dérouille la France A’ par 7 buts à 5.

Le 27 octobre 1956, par les Accords de Luxembourg, la France et la RFA mettent fin à leur querelle : à compter du 1er janvier 1957, la Sarre sera définitivement réintégrée au sein de l’Allemagne. Les protégés de Schön ont alors joué le dernier match de leur histoire face aux Néerlandais en juin 1956. Une dernière défaite pour la route.

Pour tous, l’équipe nationale sarroise n’a été qu’une parenthèse en attendant la sélection allemande. Mais seuls quelques internationaux poursuivront leur route pour la RFA. En 2007, Kurt Clemens, l’ancien milieu de terrain de l’AS Nancy-Lorraine, résumait joliment ce sentiment ambivalent qui a pu habiter les joueurs au moment de se qualifier pour la Coupe du Monde 1954 : « Encore aujourd’hui, je me souviens que je n’étais pas particulièrement malheureux après le match aller et le match retour contre la RFA, à Sarrebruck. Je me sentais toujours Allemand, et je ne voulais pas barrer la route du Mondial suisse à Sepp Herberger et à l’équipe allemande, pour qui j’avais toujours voulu jouer quand j’étais enfant. Nous, les Sarrois, nous n’aurions de toute façon eu aucune chance si nous avions joué la Coupe du Monde. »

  1. Futur sélectionneur de la Nationalmannschaft entre 1964 et 1978. []

Anthologie : les plus beaux buts de la Coupe du Monde

11 juillet 2011 par Jules dans Culture foot, Vintage & Oldies // 1 commentaire

Les puristes apprécieront de revoir les exploits de Kocsis et Puskas, les footix ne regarderont ces petits bijoux qu’à partir de l’ère Beckenbauer, et les grincheux se consoleront de voir enfin des beaux buts, croyant faussement à l’indigence du jeu en cette période de Coupe du Monde féminine. De la Coupe du Monde suisse en 1954, qui vit les Allemands de l’Ouest terrasser la bande à Puskas au bout du suspense pour arracher leur premier sacre mondial, à la Coupe du Monde argentine de 1978, sur fond de junte militaire, voici le replay de sept Coupes du Monde riches en buts.

Prenez Coca et pop-corn, biffez tous les rendez-vous de l’aprem de votre agenda, et savourez.

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Lyon, terre de football… ou pas

Il y a des terres de football. Historiquement, la carte footbalistique française se superpose à celle de l’anglophilie à la fin du XIXe siècle. Les clubs formés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle se trouvent ainsi très majoritairement en Normandie (le HAC en 1872, le Stade Malherbe en 1913), dans le Nord (Olympique Lillois en 1902, Valenciennes en 1913) ou dans les grands ports français comme Brest, Bordeaux ou Marseille, tous en étroite relation commerciale avec l’Angleterre.

Et il y a les autres, celles où le football a eu du mal à s’implanter. La faiblesse du football dans le Sud-Ouest s’explique ainsi par la concurrence forte du rugby, favorisé par les élites politiques protestantes pour contrer le développement du football, préconisé par les élites catholiques. A Lyon, malgré un premier frémissement au football au sortir de la Grande Guerre, il faudra attendre les années 1950 pour que le football prenne réellement son envol.

DES DÉBUTS PROMETTEURS… AVANT LA CRISE

A force d’avoir pratiqué quantité de matchs contre les soldats anglais pendant la Grande Guerre, les Poilus reviennent du front avec une forte envie de taquiner le ballon au pays. La ville de Lyon n’échappe pas à cet engouement collectif. Pendant la guerre, les clubs lyonnais se hissent par trois fois en finale de la Coupe des Alliés et en 1918, le FC Lyon tombe face à Pantin en finale de la Coupe Charles Simon — ancien nom de la Coupe de France — devant 3 000 personnes. Durant toutes les années 20, l’attrait grandissant pour le football amène la Ligue  du Lyonnais de football à enregistrer un triplement des clubs de football en 4 ans. Les immigrés et les clubs corporatistes (dont le Club Athlétique de la Société Générale) prennent même une part active dans la vivacité du ballon rond en pays lyonnais.

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Aux origines du football : l’aqsaqtuk

Aujourd’hui, on vous emmène loin des vertes pelouses européennes. A vrai dire, on vous emmène au pays où l’on ne joue même pas au football sur de l’herbe, mais sur des étendues enneigées. Bienvenue chez les Eskimos et leur jeu de balle, l’aqsaqtuk.

Aqsaqtuk. Non, cela n’a rien à voir avec le fondateur de la République turque, ni avec la grande mosquée de Jérusalem. Aqsaqtuk, en langue inuit, ça veut littéralement dire « football sur glace ». Difficile d’imaginer, sous nos latitudes où la moindre chute de neige provoque des reports en série et des gloses journalistiques alarmistes sur les conditions de jeu, que des hommes emmitouflés aient pu jouer depuis si longtemps par des températures polaires. Par longtemps, comprenez depuis le XVIIe siècle.

Comme pour tous les sports pluri-séculaires guère en usage aujourd’hui, l’aqsaqtuk est largement emprunt de légende, ce qui rend parfois difficile de démêler le vraisemblable du farfelu. Les Inuits se plaisent ainsi à raconter que les esprits des morts voyageaient jusqu’à se trouver sous les aurores boréales où ils jouaient des parties sans fin avec une tête de morse pour ballon.

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